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Au commencement

PREAMBULE
A l'aube d'un nouveau millénaire, le village de Pouvourville, situé sur le territoire de la commune de Toulouse fait preuve d'une vive croissance démographique. Cette croissance tant bien que mal maîtrisée, détruit parfois des bâtiments, ou des lieux
naturels témoins d'un riche passé. Il serait illusoire de croire que ce village devenu banlieue n'a aucune tradition, bien au contraire, notre bourgade n'entre pas dans le troisième millénaire mais peut fêter fièrement ses 12000 ans d'existence.
Au cours de ces derniers mois, j'ai essayé de collecter un maximum de documents,
d'interroger des habitants gardiens de la mémoire du village. Vous trouverez, dans les pages qui viennent, le fruit de ces recherches. Mais arrêtons là les bavardages, empruntons la machine à remonter le temps, direction : 700000 avant JC.

700000 ANS AVANT JESUS CHRIST
Le Paléolithique inférieur :
- l'Homo habilis (1 200 000 / 700 000 av JC), l'invention de l'outil prolongeant le bras et la main. (Capacité crânienne 750 cm3) ;
- l'Homo erectus (500 000 av JC), l'inventeur de l'outil pensé, la maîtrise du feu créait des liens sociaux (la famille, le clan) (capacité crânienne 1300 cm3).
Des groupes d'humains parcourent la vallée de la Garonne, les plus anciens de ces groupes n'ont guère laissé de traces dans la région Toulouse (quelques quartzites taillés ont été retrouvés près de Mondavezan à 60 km de Toulouse).

100000 ANS AVANT JESUS CHRIST
Le Paléolithique moyen : l'homme de Neandertal (100 000/50 000 av JC), plus de 60 types divers d'outils et d'armes, apparition des rites funèbres et des croyances. (Capacité crânienne 1500 cm3)
Le Paléolithique supérieur : l'homme de Cro-Magnon (50 000 / 10 000 av JC), l'art est inventé, les outils sont utiles et beaux, l'art pariétal explose, la magie est inventée. (Capacité crânienne 1700 cm3)
C'est à cette période que l'on constate une première occupation des coteaux surplombant la Garonne, occupation qui sera permanente à partir du Néolithique (10 000 av JC) et perdurera jusqu'à l'époque romaine.

3000 ANS AVANT JESUS CHRIST
Le Néolithique : l'homo Sapiens Sapiens : l'âge d'or de la préhistoire (capacité crânienne (2000 cm3)
Comme celui de la France entière, le peuplement de la région Toulousaine n'a véritablement commencé qu'au néolithique.
A Pouvourville, le plateau du Cluzel est un site privilégié où se sont déroulées de nombreuses fouilles dès 1902 (M Joulin).
Ce plateau se situe à l'ouest du village au bout du chemin du Cluzel, il domine du haut de ses 220 mètres la vallée de la Garonne et le confluent de l'Ariège. D'une longueur de 60 mètres sur 50 de large, un gisement néolithique a été découvert sur la partie sud du plateau par M Manuel (1912). Des haches polies et des morceaux de poteries, des ossements d'animaux en ont été extraits.
La couche archéologique débute à 0,20 cm du sol actuel et finit à 1,90 mètre. Elle repose sur un banc de grès tertiaire.
Les poteries de couleur noirâtre en général semblent remonter à l'âge du bronze 1000 ans AV J.C., période qui s'est prolongée en France méridionale jusqu'à la période gauloise.
Les ossements très nombreux sont ceux d'animaux (chevaux, sangliers, chiens).

700 ANS AVANT JESUS CHRIST
Deux gisements ont été découverts sur Toulouse : la nécropole ST Roch située au sud de la ville et l'oppidum du Cluzel
Des fouilles entreprises en 1957 par M Soutou, attaché de recherche au CNRS, attestent que le site du Cluzel a été un lieu d'habitation permanente et accessoirement une nécropole. Sur la pente sud est, des vestiges de construction (habitation de torchis et de branchages ont été retrouvés ainsi que des foyers bâtis dans chacune d'elles ; ils sont exposés au musée St Raymond de Toulouse).
Mr Soutou a eu la chance de découvrir une resserre à provisions constituée de deux grandes jarres d'argiles noirâtres.
Un peu plus loin à 30 mètres de là, Mr Soutou a observé les vestiges d'un four domestique qui aurait servi à la cuisson du pain.
Autour de ces vestiges en place, il a été recueilli quantité de céramiques typiques des débuts de l'âge du fer.(voir dessin ci dessous ).
 

Cette zone du Cluzel a donc connu selon toute vraisemblance une phase d'occupation très ancienne, contemporaine des premiers " champs d'urnes " du Bas Languedoc,du Roussillon et de la Catalogne.
Le champ d'urnes du Cluzel contenant sans doute des centaines de sépultures, n'a pas été découvert à ce jour.
Civilisation des champs d'urnes : peuplade d'origine Celtique qui envahit le sud de la Gaule et l'Espagne vers 800 av JC, cette peuplade a de nombreux contacts avec la civilisation Grecque au niveau du bassin méditerranéen, elle met les terres en cultures et travaille le bronze.
De rares objets métalliques ont été recueillis par Mr Soutou, une fibule, un scalptorium, un couteau.
La fibule associe le fer au bronze, elle a un long ressort en arbalète et un pied replié à angle droit que termine un bouton. Elle ne saurait être antérieure au 5e ou 4e siècle avant Jésus Christ.
Le scalptorium en bronze à section carré et long de 85 mm, ce petit instrument de propreté apparaît bien dans les fonds de cabanes et les sépultures du Midi comme témoin de la civilisation des champs d'urnes.

A l'occasion de terrassements, en 1961, de nouveaux vestiges sont découverts : il s'agit de grands récipients de terre cuite comprenant,entre autres, une marmite à deux anses qui reproduit presque exactement une forme des nécropoles pyrénéennes de Bordes sur Léz et de Garin.
De ces diverses découvertes on peut conclure que les pentes sud du Cluzel ont été habitées d'une manière continue, et cela pendant au moins cinq ou six siècles.

 

SEPULTURES
Le sommet de la butte du Cluzel n'a guère été fouillé, les seules fouilles faites par MM Vézian et Soutou semblent porter sur des habitations et des sépultures.
Les tombes obéissaient au rite exclusif de l'incinération, exactement comme dans la nécropole St Roch.
Les ensevelissements s'y faisaient après crémation dans des fosses cylindriques dont les dimensions varient quelque peu. Leur profondeur allant de 0,20 m à 1,00 mètre et leur diamètre de 0,70 à 1,0 mètre.

On a cru pouvoir distinguer deux types de tombes :
a) celles qui ne contenaient pas d'urnes cinéraires où les cendres des morts amalgamées à la marne, étaient directement déposées au fond de la fosse ;
b) celles où elles étaient au centre rassemblées dans une urne ; le mobilier recueilli autour de ces urnes est analogue à celui de St Roch. Il comprend : des débris de bronze, un morceau de fer, une fusaiole, des os d'animaux ainsi que les restes d'un repas funéraire.
Les urnes retrouvées de différentes formes montrent que les céramiques des vivants et celles de morts ne s'opposent pas, les secondes étant empruntées aux premières.
C'est au voisinage de ces tombes du sommet et d'un habitat encore peu exploré qu'ont été trouvés la plupart des tessons de vases grecs.
Un fragment de coupe attique datant du cinquième siècle avant JC semble être la plus ancienne, d'autres fragments de céramiques datant du quatrième siècle ont été retrouvés.

Ces pièces de céramiques sont des trouvailles exceptionnelles dans les niveaux datant du V et IV siècles avant JC.
Ultérieurement, peut-être dès le début du troisième siècle avant JC, elles ont été remplacées par des céramiques campaniennes unies, à vernis noir, dont Mr Manuel a récolté, en 1912 d'assez nombreux tessons sur le sommet du plateau .
L'oppidum du Cluzel se rattache, dans son ensemble, à la civilisation des " champs d'urnes " méridionaux. L'habitat existe probablement dés le VIIe siècle av JC, sûrement au VIe siècle av J.C. et il se perpétue ensuite jusqu'au premier siècle av JC, déclinant au profit des établissements de Vielle Toulouse.

Au Ve et IVe siècle av JC, sa population était assez aisée pour importer et apprécier des vases grecs venus d'Athènes, puis de l'Italie méridionale.
Elle devait vraisemblablement sa prospérité à son activité agricole et peut être pastorale, mais surtout au contrôle du passage de la Garonne : dominant de haut les gués du fleuve,elle était merveilleusement postée pour en surveiller le trafic et percevoir aisément de fructueux péages.
Compte tenu de l'exiguïté du site, cette population ne devait pas être très nombreuse.
Ce groupement humain et celui de la nécropole St Roch dont nous ignorons encore le lieu d'habitation sont issus sans doute d'un premier bain d'envahisseurs celtiques ; ils n'atteindront pas au premier âge du fer la densité de peuplement qui sera attestée aux mêmes lieux après la venue des Volques Tectosages.

VOLQUES TECTOSAGES
Peuplade celtique transrhénane originaire des bord du Danube, elle s'installe sur la région Toulousaine vers 250 ap JC ; elle travaille le fer.
Comme les peuplades précédentes, les Volques vont s'installer sur les hauteurs dominant la vallée de la Garonne.
L'occupation semble dense au nord de l'éperon d'Estarac et sur le plateau de la Planho (Veille Toulouse).
Dans ces zones, l'abondance des vestiges archéologiques a toujours surpris, notamment une quantité phénoménale de débris d'amphores que le moindre labour exhume (amphores d'origine italienne).
Egalement beaucoup de monnaies ont été retrouvées. L'abbé Audibert nous raconte que de son temps, au milieu du 18 siècle, " les paysans s'offraient à travailler pour rien " dans les champs, parce que " les médailles d'argent qu'ils trouvaient à coup sûr les dédommageaient amplement de leur travail ". La masse du numéraire d'argent récolté a alimenté, jusqu'à la révolution, l'atelier monétaire de Toulouse.
Les puits funéraires rendent peut être mieux compte de la densité du peuplement antique.
Ceux qui furent découverts en 1961 sur l'éperon de Destarac, n'étaient qu'à quelques mètres de distance l'un de l'autre, les plus anciens remontent aux environs de 100 ans av JC (voir carte ci-jointe).
Il convient d'aborder ici les multiples hypothèses sur l'origine de Toulouse, et le rôle que la localité de Veille Toulouse y joua. La ville primitive avec mur et rempart se situait elle sur Vieille Toulouse ? La réponse est donnée en 1918 par le baron Desazars de Montgaillard dans son livre " Toulouse la morte " et plus sommairement en 1935 dans l'histoire de Toulouse d'Henri Ramet. L'argumentation est la suivante : Toulouse et Vieille Toulouse sont une seule
et même cité, une seule communauté politique dont les deux éléments, l'oppidum (Vieille Toulouse) et l'Urbs (Toulouse), ont vécu en symbiose et se sont développés parallèlement, l'un sur les hauteurs, l'autre sur les rives de la Garonne.
Jusqu'à Auguste, la ville d'en haut fut le coeur de la cité : c'est elle que les Tectosages choisirent pour capitale, qui fut prise et pillée en 106 av JC.
L'Urbs, c'est à dire Toulouse, ne fut longtemps que le port fluvial de l'oppidum et son rôle demeura subordonné, jusqu'au début de l'Empire, où Auguste, par nécessité d'installer la paix romaine, fit évacuer l'oppidum et transféra la population avec la vie politique dans la ville basse, désormais seule représentante de la Toulouse historique.
Pour Michel LABROUSE (1968) cette hypothèse sur l'origine de Toulouse et le rôle de Vieille Toulouse est en grande partie vraisemblable, mais il serait prudent de ne pas prêter à Vieille Toulouse l'importance que l'on semble lui donner, aucun vestige de construction en dur n'a été retrouvé à l'exception d'un mur de briques et de pierres. .
Il est certain que des liens existaient entre les habitants de la plaine et des hauteurs, mais de la affirmer qu'il s'agissait d'une communauté politique, rien n'est moins sûr. Ce qui est incontestable, c'est que, comme le plateau du Cluzel et l'éperon d'Estarac, les falaises de Vieille-Toulouse étaient un lieu d'obser- vation unique pouvant abriter en toute sûreté une communauté et contrôler les mouvements sur la Garonne et le long de ces berges.
Par contre, l'accroissement des échanges par la vallée de la Garonne et la vallée de l'Hers, avec des accès aussi bien fluviaux que terrestres ont permis à Toulouse de se développer rapidement attirant les habitants des côteaux et ne laissant en définitive que quelques domaines ruraux voués à l'exploitation du sol.
La Garonne et ses berges étant à cette époque la seule grande voie de communication vers les Pyrénées et l'Espagne.

PERIODE ROMAINE
De nombreux vestiges d'époque Romaine ont été retrouvés sur Pouvourville. A ce jour il a été recensé l'existence probable de trois villas Gallo-Romaines.
L'une d'elles est située à l'emplacement de l'amphithéâtre de la faculté de médecine, l'autre au niveau du chemin des Oliviers, la dernière au haut du chemin du Vallon. Un bon nombre de riverains possèdent de multiples vestiges trouvés à l'occasion de travaux.



Article ajouté le 2006-03-26 et consulté 238 fois
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